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Portugal : croisière épicurienne au fil du Douro

10/03/2020

Si Porto a conservé un caractère populaire, la ville s’est muée au fi l du temps en une métropole vivante et animée. Son histoire se confond avec les vignobles du Douro qui ont fait sa renommée et sa prospérité. À découvrir lors d’une douce croisière au fi l du fl euve, que l’on ponctuera d’étapes culturelles et gourmandes.


Portugal : croisière épicurienne au fil du Douro
Le Miguel Torga – du nom d’un romancier portugais – est amarré sur la rive gauche du Douro, au pied du pont de fer Maria Pia. Un petit navire (132 passagers) conçu pour remonter le fleuve lusitanien et franchir ses écluses étroites, favoriser aussi rencontres et causeries en toute décontraction. Croisières d’Exception l’a affrété pour sa croisière Musicalia, un concept qui mêle découverte d’un pays, poésie et musique ; pour une navigation dans une nature sauvage rythmée par les harmonies de Vivaldi, Bach, Schumann ou Mozart, entre douces voluptés et passions ibères. Le programme est alléchant, porté par plusieurs stars de la musique classique spécialement conviées pour l’occasion. 

Pour l’heure, les passagers n’ont d’yeux que pour l’autre rive, pour les premières constructions de Porto qui se mirent dans le fleuve avec harmonie. La visite s’annonce exquise. Les Romains l’ont baptisée Portus, le port. Car la ville, qui a aussi donné son nom au Portugal, s’est d’abord développée à l’embouchure du Douro, sur une colline de granit. Témoins de cette époque, les ruelles escarpées du centre historique de la Ribeira classé par l’UNESCO dégringolent vers le fleuve et Baixa (la ville basse). Linge aux balcons, vitrines rétro et bars vintage… l’atmosphère est pittoresque. À l’ombre de la cathédrale millénaire (Sé) aux allures de forteresse trapue, les façades décrépites cohabitent avec de magnifiques édifices baroques et des palais figés dans un autre siècle. Avec ses belles avenues, ses places et jolis cafés, la ville haute dominée par l’hôtel de ville est, quant à elle, un haut lieu du shopping.

Des pavés cabossés…

Portugal : croisière épicurienne au fil du Douro
Pour se fondre dans le décor, il faut oublier le bus ; marcher dans les pas des habitants, si enjoués ! En oubliant les chaussures à talons car les pavés sont souvent cabossés. Surtout, il ne faut jamais oublier de pousser les portes des édifices religieux pour en prendre plein les yeux : l’église des Clérigos aux riches décors baroques et sa tour (75 m) devenue l’emblème de Porto ; ou l’église Sao Francisco aux exubérantes sculptures de bois dégoulinant d’or. Au fil de la balade, les surprises sont nombreuses, parfois inattendues : la librairie Lello (1869) dont les rayonnages sculptés et l’alambiqué escalier en bois sont devenus si populaires qu’il faut désormais payer un droit d’entrée pour la visiter (optez pour une version privée), ou la gare Sao Bento et sa salle des pas perdus couverte d’azulejos (carreaux de faïence) retraçant l’histoire du Portugal.

Dans ce tourbillon de sites prestigieux, le Palacio da Bolsa (palais de la Bourse) et son salon aux riches décors mauresques, inspiré par l’Alhambra de Grenade, est un incontournable. Il se privatise pour de chics soirées. Mais ce soir, c’est dans le palais Atneu (180 pers.) aux décors mélancoliquement fanés que se déroulera le premier concert de la croisière, mêlant avec grâce les poésies déclamées par Patrick Poivre d’Arvor, les airs d’opéra chantés par la voix envoûtante de la mezzo-soprano Maria Mirante, les notes de violon et de piano de Sophie Lemonnier Wallez et Aurélien Pontier. Ils auraient aussi pu choisir la nouvelle Casa de Musica, dessinée par l’architecte hollandais Rem Koolhaas (salles de 1 200 et 600 places, différents espaces pour des concerts ou cocktails…). Ses façades asymétriques de béton, verre et acier rappellent que Porto sait aussi regarder vers le futur ; par exemple avec la fondation d’art contemporain Serralves installée dans un grand parc.
 

Vins, sardines et jambons

Portugal : croisière épicurienne au fil du Douro
L’exploration urbaine est encore plus alléchante lorsqu’elle est ponctuée de pauses gourmandes : dans les anciennes maisons de café où l’on déguste des sardines, autour du marché couvert Bolhao où l’on se régale de jambons et de fromages. Sans oublier les terrasses du Cais da Ribeira ou du Café Majestic pour goûter un verre de vinho verde (vin). Une « tuna », cette bande d’étudiants en capes noires qui interprètent des chants traditionnels, ajoutera à l’ambiance. De l’autre côté du fleuve aussi, par-delà l’emblématique pont métallique Dom Luis Ier (1886), le bon goût est de mise. Les entrepôts aux toits de tuiles de Vila Nova de Gaia abritent les grandes maisons de Porto. Autrefois, les vins produits dans les fermes (quintas) de la vallée du Douro étaient transportés sur des barques à fond plat (les rabelos) pour rejoindre les chais de vieillissement installés en ville. Aujourd’hui, elles transportent les touristes, jusqu’aux caves qui se visitent : Graham’s, fournisseur apprécié de la reine d’Angleterre, ou Porto Cruz dont la terrasse s’ouvre sur le Douro. Au menu : secrets de fabrication, découverte de vieux millésimes, et dégustation bien sûr ! Voilà une délicieuse mise en bouche avant que la croisière ne remonte le fleuve jusqu’à Barca de Alva, aux portes de l’Espagne.

Au fil de l’eau, le temps semble suspendu… Le Miguel Torga file sans bruit sur le Douro. Dans le salon principal, les répétitions des musiciens ajoutent à la langueur et à la douce mélancolie. Les collines qui bordent le fleuve s’amusent avec les nuages, dévoilent parfois une maison blanche au toit de tuiles, ou une villa contemporaine dont les baies vitrées promettent un panorama exceptionnel. Car la vallée est aussi un haut lieu de villégiature de la bourgeoisie portugaise. De temps à autre, un train file le long du fleuve d’une roue tranquille, stoppant dans de charmants villages comme Pinhao, qui vit au rythme du fleuve. Il doit tout autant sa réputation à la gare pavée de 24 azulejos qui illustrent les différentes étapes des vendanges, qu’aux vins produits dans la région. D’abord large, traversant de vertes collines tapissées de pins ou forêts d’eucalyptus, le Douro se fait de plus en plus étroit au fur et à mesure que le bateau remonte vers son embouchure, se faufile entre des rochers de granit pour mieux taillader les montagnes désormais abruptes et trouver son chemin dans une vallée escarpée.

Terrasses classées

Portugal : croisière épicurienne au fil du Douro
De chaque côté du fleuve, les versants inclinés jusqu’à 70 degrés donnent le vertige. C’est donc ici qu’il prospère, dans ce Haut-Douro situé à une centaine de kilomètres en amont de Porto, ce fameux raisin produisant l’un des plus célèbres vins de la planète. Dans le sol schisteux et très escarpé, il a fallu plus de vingt siècles depuis les Romains pour réaliser l’architecture en terrasses qui constitue le point d’orgue de la région ; un bouleversant paysage classé par l’UNESCO, où l’homme a sublimé la nature en édifiant des milliers de kilomètres de murets de pierres qui épousent les courbes du vertigineux relief pour mieux y faire pousser les vignes. Elles ne se nourrissent que de la chaleur écrasante de la journée et de la terre rocheuse qui absorbe les rayons du jour pour mieux les restituer durant la nuit ; et pas une goutte d’arrosage, si ce n’est l’eau de pluie qui revigore les ceps à l’automne. C’est aussi cela, le secret du porto ! Sur ces terres sauvages et abruptes, les routes sont étroites et sinueuses, escaladent les montagnes depuis les rives du fleuve jusqu’aux sommets.

Les vendanges sont une épreuve. La cueillette des raisins se fait toujours à la main, avant que les récoltes ne rejoignent les quintas (domaines) cachées dans les vallées ou accrochées aux collines, là où les raisins sont pressés avant de terminer leur maturation dans les chais de vieillissements de Vila Nova de Gaia. Ces quintas sont nombreuses, des centaines, des milliers même ; en version artisanale ou plus « industrielle ». Et les noms des plus grandes marques s’affichent sur les flancs des montagnes, telles des publicités géantes. Certaines ouvrent leurs portes aux visiteurs. Aujourd’hui, ce sera la Quinta do Sexo, de Sandeman. De vertigineux lacets escaladent une colline avant que le domaine de l’une des plus célèbres marques de porto – fondée en 1790 – n’apparaisse à l’horizon. Inaugurée en 2007, cette quinta utilise les moyens de vinification les plus modernes, avec ses presses qui remplacent le foulage des raisins aux pieds en reproduisant les mouvements cadencés de l’être humain. Mais on y apprend tout des secrets de fabrication du porto, avant la découverte de vieux millésimes traités comme des œuvres d’art et, bien évidemment, la dégustation. Ruby ou Towny, millésimé ou vintage, à chacun selon son goût… mais avec pour décor l’extraordinaire panorama sur la vallée du Douro.

De barrages en villes

Portugal : croisière épicurienne au fil du Douro
La croisière n’est jamais monotone. Il y a d’abord les barrages qui domptent les eaux du Douro et leurs écluses, dont chaque franchissement fait grimper les passagers sur le pont soleil pour assister au spectacle. Celle de Carrapatelo est la plus haute d’Europe. Il faut tout le talent du commandant de bord pour entrer dans un espace aussi étroit (12 m de large !), ne laissant que quelques centimètres de chaque côté du bateau. Une fois la porte de 150 tonnes fermée, les vannes s’ouvrent et le dénivelé de 36 mètres est avalé en un quart d’heure. Il y a surtout les multiples escales qui permettent de découvrir quelques-unes des plus belles villes du Portugal.  Braga aurait pu se contenter de ses ruelles pittoresques et de sa cathédrale ornée d’un orgue exubérant ; de son animation aussi, avec un centre historique envahi par les étudiants. Dans les rues, c’est le grand écart entre boutiques de mode et échoppes minuscules où le temps semble s’être arrêté ; entre bazars vendant de l’électroménager à bon prix et boutiques de bondieuseries qui rappellent que Braga fut longtemps le centre du christianisme de toute la péninsule ibérique. Mais l’ancienne capitale de la province du Minho, voulait plus et mieux… Au XVIIIe siècle, elle érigea le sanctuaire de Bom.

Guimarães, aux sources du Portugal

Portugal : croisière épicurienne au fil du Douro
Capitale européenne de la culture en 2012, Guimarães est le berceau du Portugal, là où le roi Alphonse Enriques a battu les Maures en 1128. « Aqui nasceu Portugal » (le Portugal est né ici), rappelle une inscription sur les anciennes murailles, désormais fondues dans les riches demeures du XIXe siècle aux façades de style pombalin, si typiques du Portugal. Nous sommes place du Toural, point de départ obligé pour découvrir une ville médiévale au dessin tortueux qui condense, en quelques kilomètres carrés, neuf siècles d’histoire portugaise. On se précipite d’abord vers le château du Xe siècle aux tours carrées et aux murs crénelés, avant de musarder dans la vieille ville médiévale classée par l’UNESCO.

Les maisons défilent au fil des pavés, leur base en granit, leurs étages en bois percés de larges fenêtres et décorés de balcons ouvragés, comme hésitant entre la rusticité de la campagne et la bourgeoisie de la ville. Dans l’entrelacs de ruelles et de placettes illuminées d’orangers, les palais exhibent leur grandeur, les couvents dissimulent leurs cloîtres secrets. Celui de Oliveira abrite désormais un exquis musée d’art sacré, dont les trésors sont joliment mis en valeur par une muséographie moderne. Encore plus beau en découverte privée ! Quand l’église Notre-Dame de l’Olivier résonne de la même ferveur religieuse qu’au Moyen Âge, lorsque les pèlerins en route pour Saint-Jacques de Compostelle y faisaient halte. Ce soir, dans le salon du bateau, le récital de guitare de Nicolas Lestoquoy complétera la magie de la journée, en la teintant de saudade, cet étrange sentiment propre au Portugal qui mêle tristesse, nostalgie et espoir…  
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