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Les nouveaux enjeux de l'Europe centrale

La rédaction
18/10/2019

Dans le sillage de Prague et Budapest devenues des stars du MICE, les destinations d’Europe centrale bataillent pour attirer les entreprises. Mais avec des opérations qui dépassent rarement les 2 jours sur place, il est difficile de faire original. Et encore plus de s’éloigner des capitales…


Les nouveaux enjeux de l'Europe centrale
Les participants à la table ronde : 
- Cécile Auvernet - Carré Destinations
- Olivier Roman - DZK Travel 
- Claudia Chevojon - Carré Destinations 
- Régine Autier - Axe et Cible Voyages
- Jean Julien Pascalet - JJP Event
- Marie Muchova - OT de République Tchèque
- Dominique Plaissetty - Mice Finder
- Katarzyna Obidowska-Dubois - OT de Pologne
- Jean François Geffrin - Compagnie Privée

En collaboration avec l'hôtel Crowne Plaza-Neuilly.

Quel bilan ?

Les nouveaux enjeux de l'Europe centrale
Katarzyna Obidowska-Dubois : En 2018, la Pologne a accueilli 19,5 millions de touristes, dont environ 450 000 Français, en croissance régulière depuis plusieurs années. Ils viennent d’abord pour nos villes, au riche patrimoine. Mais la Pologne a d’autres atouts. C’est le plus grand pays d’Europe centrale, vaste comme les 2/3 de la France, aux multiples richesses naturelles : la mer Baltique au nord, avec des côtes qui s’étirent sur 500 km ; les montagnes au sud et notamment les Carpates, ou encore une vaste région de lacs au nord-est. Cette diversité est un atout considérable pour le tourisme d’affaires. Nous pouvons accueillir des grandes manifestations et des congrès dans les villes, des incentives avec de nombreuses activités autour de la culture et de la nature partout dans le pays. Enfin, signalons un parc hôtelier neuf ou rénové, à l’excellent rapport qualité/prix. Basé à Varsovie, le Poland Convention Bureau répond aux demandes des organisateurs. Il est complété par une douzaine de bureaux locaux, répartis dans le pays. L’office du tourisme à Paris sert d’interface aux agences. Grâce à cette stratégie active, la Pologne a accueilli plus de 22 000 événements MICE en 2018, en hausse de 4 % sur un an.

Marie Muchova : Le MICE est un secteur majeur pour la République tchèque, sur lequel l’office du tourisme travaille main dans la main avec le Czech Convention Bureau. Nous accueillons environ 10 millions de touristes étrangers par an. 290 000 Français ont visité notre pays l’an dernier, un chiffre qui a été stable pendant quelques années et recommence à progresser depuis deux ans. Après une croissance de 7 % en 2018, nous affichons une nouvelle progression de 15 % au premier semestre 2019. L’accessibilité est l’un de nos points forts, avec des vols directs depuis 9 villes françaises. À noter aussi la proximité : Prague est à peine plus éloignée de Paris que Nice, à seulement 1 000 km. Enfin, la sécurité est un facteur majeur. Nous figurons parmi les pays les plus sûrs d’Europe. Nos tarifs, notamment à Prague, demeurent abordables comparés à ceux de Londres, Amsterdam ou d’autres grandes métropoles. Évidemment, la capitale attire l’essentiel des visiteurs, encore plus pour le MICE. Ainsi, au classement ICCA, la République tchèque pointe à la 26e place, mais Prague est 9e au niveau mondial. 

Dominique Plaissetty : 67 000 organisateurs dans le monde utilisent le portail Micefinder pour trouver des informations, sur 140 pays. C’est donc un excellent indicateur. À l’exception de l’Autriche dont les requêtes effectuées par les organisateurs français sont en recul de 5 % sur les douze derniers mois, tous les pays de la zone Europe centrale sont en progression et témoignent du dynamisme de cette région pour le tourisme d’affaires : + 12 % pour la République tchèque, + 17 % pour la Pologne, + 21 % pour la Hongrie… Surtout, on voit émerger de nouvelles destinations. Certes, les volumes sont plus faibles, mais c’est un élément important pour identifier les tendances de demain. Ainsi la Roumanie qui voit s’envoler les consultations françaises de 28 %, la Bulgarie (+ 22 %) ou la Serbie qui bénéficie depuis le printemps d’un vol direct pour Belgrade depuis Paris (+ 19 %). Les pays baltes font aussi preuve de dynamisme. 

Olivier Roman : DZK est un réceptif qui couvre une large partie de l’Europe centrale avec des bureaux en République tchèque, Hongrie, Autriche, Slovaquie et Roumanie. Depuis l’an dernier, nous constatons une sensible progression des demandes, comme une seconde vague d’attractivité de la région. Chez nous, Budapest a plutôt tendance à baisser depuis 2 ans, mais après plusieurs années de belle progression. Cela dit, la capitale hongroise reste un must pour les incentives, avec un panel d’activités varié. Et les prix, même s’ils ont augmenté, restent de 15 à 20 % moins chers que ceux de Prague. À l’inverse, après une période plus difficile, la capitale tchèque reprend des couleurs. Beaucoup d’hôteliers, comme les chaînes Marriott et Hilton, ont rénové leurs établissements et les produits montent en qualité, séduisant à nouveau les grands groupes. En Autriche, Vienne demeure l’une des plus importantes destinations mondiales pour les congrès. Pour autant, et contrairement aux préjugés, on peut y dénicher de bons tarifs hôteliers, parfois meilleurs qu’à Prague ou Budapest. Nous organisons aussi de nombreux incentives en hiver, par exemple à Kitzbühel dans le Tyrol, via un accès depuis Munich. Enfin, la Roumanie est clairement dans l’air du temps et prend des parts de marché.

Claudia Chevojon : Carré Destinations représente Meeting EC, un réceptif présent en République tchèque, Allemagne, Slovaquie, Hongrie et Autriche. Les destinations sont cycliques, notamment Budapest et Prague qui évoluent selon l’air du temps. Attention : de nombreuses compagnies internationales y ont ouvert des vols, rendant ces destinations de plus en plus populaires partout dans le monde, et notamment auprès des Chinois. À certaines périodes, il devient difficile de trouver des disponibilités ! Vienne connaît une activité plus linéaire. L’Autriche demeure une forte destination de congrès, mais pour un incentive, elle est chère. Audelà de ces trois destinations majeures, on constate un fort engouement pour la Slovaquie et sa capitale Bratislava. Parmi les produits qui fonctionnent très bien, citons le combiné « trois en un » qui permet d’explorer trois pays en une ou deux journées avec des transferts rapides, à savoir l’Autriche, la Slovaquie et une partie de la Hongrie. Enfin, l’Allemagne fonctionne très bien depuis quelques années, Berlin et de plus en plus Hambourg qui s’est métamorphosée.

Le point de vue des agences

Les nouveaux enjeux de l'Europe centrale
Jean-François Geffrin : Compagnie Privée organise des événements et voyages MICE, de la convention à l’incentive, pour 80 % en Europe. L’Europe centrale demeure une valeur sûre, notamment pour les conventions de 100 à 150 personnes, avec des tarifs encore abordables et un vrai dépaysement. Par ailleurs, l’accès aérien s’est beaucoup amélioré ces dernières années. Il est facile de trouver de la place pour un groupe important en combinant plusieurs vols, y compris au départ des régions. En Europe centrale, nous proposons essentiellement des modules de 3 j/2 n, dans les capitales mais aussi parfois dans des villes secondaires à travers des voyages d’études, avec un angle économique ou industriel. Beaucoup de gens sont déjà allés personnellement à Prague et il est parfois difficile de convaincre un organisateur d’y retourner avec un groupe. Même si les prix ont augmenté de 20 % en deux ans, la Pologne reste nouvelle et attractive. La diversité de l’offre est un atout et, sur place, les infrastructures sont de qualité. Varsovie est plus orientée vers les réunions et séminaires, Cracovie davantage tournée vers l’incentive. Concernant Belgrade en Serbie, dont on parle beaucoup et que l’on compare parfois à Berlin, il y a un effet de curiosité. Mais il y a tellement d’autres jolies villes à visiter avant !

Régine Autier : La demande est cyclique. Il est vrai que les entreprises ont beaucoup visité Prague dans le passé. Néanmoins, les dirigeants et les salariés changent et on constate désormais une reprise de la demande émanant de nouveaux clients qui ne connaissent pas ou d’entreprises qui souhaitent y revenir. Le fait que la destination se découvre souvent en individuel n’est pas nécessairement un obstacle. Quand on a aimé, il peut être aussi rassurant d’y emmener son équipe. La Pologne est de plus en plus demandée. Je suis ravie d’apprendre qu’Air France va mettre en place un vol pour Cracovie. C’est une magnifique ville pour les incentives et easyJet, qui vole en direct depuis Paris, pouvait constituer un obstacle pour certaines entreprises. Enfin, je constate un frémissement pour la Roumanie. Beaucoup de gens ont gardé en tête l’image de l’époque de Ceauşescu, mais les choses n’ont plus rien à voir. De Bucarest aux Carpates, c’est une destination d’avenir. 

« L'EUROPE
CENTRALE
DEMEURE
UNE VALEUR
SÛRE. »

Jean-Julien Pascalet : L’Europe centrale est une région de coeur. Pour ma part, je vends moins Prague depuis quelque temps. Il y a beaucoup de monde à certaines périodes du printemps, notamment des Chinois, qui peuvent constituer un frein. Au-delà de Prague, j’ai découvert d’autres villes de République tchèque pleines de charme lors d’un éductour. Cela m’a clairement permis de mieux les mettre en avant et m’a donné envie de les pousser. En dehors de la République tchèque, Budapest dispose de réels atouts, notamment pour une clientèle de start-up qui apprécient son ambiance avec ses « ruin bars » festifs. C’est
assurément une destination trendy. Au final, l’important est de bien connaître une destination pour être capable d’y proposer des produits répondant à des envies variées.

 


Quelle stratégie ?

Les nouveaux enjeux de l'Europe centrale
Katarzyna Obidowska-Dubois : La Pologne travaille sur deux axes. Tout d’abord développer l’existant autour de Varsovie et Cracovie, qui souffrent encore parfois de clichés sur le marché français et disposent de marges de progression importantes. Rappelons que la Pologne affiche un taux de croissance du PIB parmi les plus élevés de l’Union européenne, c’est un pays moderne ! À Varsovie, les quartiers qui montent sont ceux de Praga, avec des sites originaux comme les musées des Néons ou de la Vodka, et les berges récemment aménagées de la Vistule. À Cracovie, l’ancien quartier juif de Kazimierz est devenu bohème. L’ouverture du vol direct d’Air France fin mars 2020 est un atout considérable. Notre second axe vise à mieux valoriser l’ensemble du territoire. Wroclaw, qui fut capitale de la culture en 2016 et bénéficie de vols directs avec Air France, est une destination méconnue et pourtant très agréable, que l’on surnomme la Venise du nord. C’est un excellent point de départ pour explorer le sud de la Pologne, notamment la région de la Basse-Silésie réputée pour ses montagnes, stations thermales et châteaux. Nous souhaitons aussi mettre l’accent sur Lodz, à une centaine de kilomètres de Varsovie, qui dispose d’un excellent parc hôtelier. On la surnomme la Manchester polonaise car elle s’est développée pendant la révolution industrielle et mêle les architectures, notamment Art nouveau.

Marie Muchova : Nous fêterons les 30 ans de la révolution de velours en novembre. Notre stratégie vise à accompagner les agences pour qu’elles aillent voir au-delà de Prague, qui reste toutefois un passage obligé. La France fait partie des 5 marchés émetteurs les plus importants de la capitale. Mais au-delà, la République tchèque peut s’enorgueillir de posséder 14 sites inscrits à l’UNESCO, 4 parcs naturels et de nombreuses villes thermales, qui peuvent justifier de pousser plus loin. Même si le timing d’un événement, généralement deux nuits, limite les possibilités. Cela passe notamment par des efforts de communication. L’an dernier, nous avons organisé un éductour réservé aux agences MICE, avec un trajet en train dont on peut privatiser un ou plusieurs wagons depuis Prague, pour rejoindre la Moravie. Parmi les villes susceptibles d’accueillir des événements, citons Ostrava qui bénéficie d’un énorme patrimoine industriel aujourd’hui classé ; par exemple, d’anciens réservoirs à gaz et hauts fourneaux, pour des événements jusqu’à 1 500 personnes. On peut la joindre depuis Prague, mais aussi Cracovie. Il y a également Brno au sud, la seconde ville du pays qui est très belle et facile d’accès depuis l’aéroport de Vienne. En excursion rapide depuis Prague, je conseille de rejoindre la ville thermale de Karlovy Vary, ou encore Plzen avec une thématique autour de la bière. Marienbad est plus éloignée, à la frontière allemande. Mais ses palais sont magnifiques. 

Olivier Roman : Les agences nous réclament de l’originalité. Mais au final, une fois le repérage effectué avec le client, les programmes se concentrent la plupart du temps sur les basiques ! Notre stratégie vise à proposer une transversalité de nos activités. Ainsi, à Prague, nous avons investi dans notre propre parc de vieilles Skoda et de 4×4 tout terrain d’origine russe. Notre présence quotidienne sur le terrain nous permet de dénicher les nouveautés qui permettent de thématiser des soirées ; c’est parfois le petit plus qui permettra de déclencher le dossier. Au final, l’idéal est de panacher les expériences, avec une journée classique et une journée « décalée » proposant des choses inattendues. À Prague, par exemple, nous poussons le quartier de Karlin devenu tendance, avec de nouveaux bars et restaurants. Très clairement, les clients rechignent à sortir de la ville, sauf pour des learning expeditions. Il est vrai que changer d’hôtel lors d’un voyage de seulement 2 nuits est compliqué et fatigant. La seule destination qui fonctionne bien en combiné est la Roumanie avec Bucarest associé aux Carpates, mais il faut compter 3 ou 4 nuits. En Autriche, il arrive que nous combinions Vienne et Salzbourg avec un transfert original, comme le train Majestic Imperator. Vienne se combine aussi avec Bratislava, en utilisant le speed-boat. 

Claudia Chevojon : Même si nous sommes là pour conseiller l’agence et son client, il est effectivement difficile de sortir des sentiers battus avec des formats courts, où il faut aussi inclure des séances de travail. Et ajouter une nuit sur place pose des problèmes de budget et de timing, car les entreprises ont de moins en moins de temps. Cela dit, chaque ville propose des nouveautés dans l’air du temps, des lieux différents, qui permettent de renouveler l’expérience sans s’éloigner. Cela dépend aussi bien sûr du profil des clients. Pour des learning expeditions aux souhaits très particuliers, par exemple autour de l’architecture ou dans le domaine de l’automobile, il est plus facile de s’éloigner des capitales. 
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