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Égypte : retour gagnant en terres pharaoniques

Thierry Beaurepère
10/05/2019

Des temples millénaires et des musées qui accueillent des événements exceptionnels; un fleuve sacré qui se transforme en terrain de jeu… La vallée du Nil se prête à toutes les folies pharaoniques ! Oubliée ces dernières années, la région reprend des couleurs. C’est le moment d’y revenir, avant la foule des touristes…


Depuis ce matin, une chape de plomb étouffe Assouan. Quelques rares felouquiers ont décidé de défier Amon, le dieu du vent. Mais faute de souffle divin, c’est à la rame qu’ils font avancer leur embarcation, suant sang et eau sous leur blanche djellaba. Les bateaux glissent oisivement sur les eaux bleues du Nil, à l’unisson de la ville endormie. Et puis enfin, une brise salvatrice se lève.

À peine perceptible en fin d’après-midi, elle se renforce lorsque le soleil décline à l’horizon. Avec elle, les voiles claquent et le ballet des felouques de redémarrer, la ville de reprendre vie. À bord de chaque embarcation, une dizaine de personnes profitent du paysage et de la douceur du soir, en dégustant mezze et autres spécialités locales accompagnés d’un thé à l’hibiscus. Cinq bateaux se suivent, s’effleurent sans jamais se toucher, se doublent. Le groupe, arrivé ce matin de Paris, est à la fête. On échange, on rit, on imagine une bataille navale ou, plus sereinement, une régate ! Et la magie d’Assouan d’opérer…


Sur les traces d'Agatha Christie

Égypte : retour gagnant en terres pharaoniques

C’est depuis la terrasse du légendaire Sofitel Old Cataract, à l’ombre de ses murs ocre, que l’on apprécie le mieux le spectacle des felouques sur le Nil. L’hôtel est idéal pour un élégant cocktail hors du temps, avant un dîner sous les arcades mauresques de son chic restaurant 1902, ou sur la terrasse en granit rose qui surplombe le fleuve sacré.

Autre option moins guindée : le Nubian House Restaurant, sur les hauteurs d’Assouan, propose un joli panorama. « C’est un lieu agréable pour des groupes de quelques dizaines de personnes, qui peuvent déguster ici un thé à la menthe au coucher du soleil », explique Nahed, guide touristique. Au loin, les blanches voiles contournent l’île Éléphantine hérissée de roseaux et se reflètent dans les eaux du Nil, dorées à l’or fin dès que le soleil décline. Sur la rive gauche, une gigantesque dune plonge dans les eaux, prémisse du désert. Un mince ruban d’herbes folles et de dattiers défie le sable,   rappelant qu’ici la vie est un combat de chaque instant. Et l’on comprend soudain pourquoi, d’Agatha Christie à François Mitterrand, ils sont si nombreux à avoir succombé aux charmes d’Assouan. Le contraste avec la rive droite urbanisée est saisissant.

La ville ne cesse de grossir, des cubes de béton colonisent ses collines. Son originalité est ailleurs, dans cette ambiance unique liée à sa situation géographique, aux confins du monde arabe et de l’Afrique noire. Dans le brouhaha de la circulation qui s’intensifie le long de la corniche avec la fraîcheur du crépuscule, les muezzins se font écho d’un minaret à l’autre.


Les charmes intemporels d'Assouan

Égypte : retour gagnant en terres pharaoniques

La nuit tombée, le souk sort à son tour de la léthargie. On crie, on harangue les visiteurs. Pour les attirer dans leur boutique, les commerçants n’hésitent pas à donner de la voix. Montagnes d’épices ou pigments multicolores, karkadé séché ou menthe odorante, « galabiyyas » brodées ou tee-shirts à la gloire de Ramsès II… le meilleur y côtoie le pire, dans un mélange d’odeurs de poisson frit et d’encens. On s’y promène en toute quiétude, on se perd avant de tomber nez à nez sur la petite gare Art déco, vestige d’une autre époque, d’un autre siècle. Tout autour, jusqu’à la corniche où les amoureux se promènent, les cafés proposent thé à la menthe ou narguilé. Avec pour horizon la dune de sable, éclairée comme un sapin de Noël ! C’est à Assouan que l’homme a domestiqué le Nil. Un premier barrage achevé en 1902 se révéla trop petit. Un second lui succéda en 1971, monstre épais de 980 mètres donnant naissance au lac Nasser, qui inonde le désert sur plus de 500 km.

Avec son lot de bonnes nouvelles, à commencer par l’alimentation en eau d’une population toujours plus importante. Mais aussi son cortège de désagréments : villages détruits et peuples déplacés de l’ex-Nubie – cette région désertique aujourd’hui partagée entre le Soudan et l’Égypte –, auxquels le joli musée de la Nubie à la scénographie sobre et élégante rend hommage. On peut le privatiser, pour un cocktail très exclusif de plusieurs centaines de personnes.


Entre Égypte et Nubie

Égypte : retour gagnant en terres pharaoniques

La culture nubienne se découvre aussi dans le village « traditionnel » de Sihil, à quelques minutes de bateau d’Assouan. Tout commence par une délicieuse « mini-croisière » sur le Nil, au milieu d’îlots plantés de roseaux et de rochers noirs luisants au soleil. Nomades faisant boire leurs dromadaires, pêcheurs jetant leurs filets, gamins juchés sur des planches de bois s’approchant des bateaux au plus près en chantant « Il était un petit navire » pour obtenir quelques pièces… le spectacle ne manque pas de pittoresque ! Et puis apparaît le village, avec ses maisons chaulées aux couleurs vives et décorées de motifs naïfs ou géométriques. Certaines ont été transformées en restaurant, un crocodile séché accroché au-dessus de la porte en guise de bienvenue !

Le lac Nasser, c’est aussi des monuments engloutis à jamais. Le temple de Philae aurait dû être de ceux-là, si l’UNESCO n’avait décidé son sauvetage. 40 000 blocs découpés puis déplacés sur une île voisine, pour que la « perle de l’Égypte » dédiée à la déesse Isis reprenne vie, comme un pied de nez à la toute-puissance du Nil… On embarque à 5 km au sud d’Assouan, dans le petit port de Shellal. Les barques pétaradantes commencent par contourner de gigantesques blocs de granit avant que Philae ne dévoile ses colonnes, fier comme un paon, puissant comme un pharaon. L’émotion étreint le visiteur, comme elle avait subjugué Napoléon il y a deux siècles. Ses soldats ont laissé la trace de leur passage sur les murs, graffitis d’une autre époque. Dans la cour principale, après une visite privée, on organise des dîners de gala pour plusieurs centaines de personnes, avec pour décor les murailles illuminées. Exceptionnel !


Abul Simbel, sauvé des eaux

Égypte : retour gagnant en terres pharaoniques

Face à cette « concurrence », Kalabsha peine à sortir de l’ombre. C’est pourtant l’un des quatre sites où ont été regroupés une douzaine d’autres temples sauvés des eaux. Certes moins spectaculaire que Philae, mais bien plus tranquille, voire désert ! Seul le gazouillis de quelques moineaux qui ont fait leur nid dans ces édifices trois fois millénaires dérange le silence. De là, portée par les eaux bleues du lac Nasser, l’imagination conduit à un autre chef-d’oeuvre : Abou Simbel, 250 km plus au sud. Symbole de la toute-puissance de Ramsès II, le temple de grès rose fut lui aussi démonté pierre par pierre et reconstruit 65 mètres plus haut, sous une énorme carcasse artificielle cachée dans la montagne. Bluffant !

Pour ceux qui ont le temps, on peut à nouveau rejoindre Abou Simbel depuis Assouan, en naviguant sur le lac ; une croisière longue de 3 jours dans un décor minéral où l’on ne croise aucune âme. Mais généralement, on rejoint le site mythique en bus, escorté par une escouade militaire ; ou plus sûrement en avion, un vol de quelques dizaines de minutes seulement mais avec un décollage aux aurores, histoire d’arriver sur place au petit matin, lorsque la température est encore douce. Le prix à payer pour admirer les quatre colosses à l’effigie du pharaon qui trônent à l’entrée du temple ; et pour voir le soleil pénétrer dans l’édifice jusqu’en son coeur, l’éclairant de mysticisme.


De rives en temples

Égypte : retour gagnant en terres pharaoniques

L’autre haut lieu de la vallée du Nil se niche plus au nord, à trois heures de route d’Assouan ou trois jours de navigation, c’est selon... Bienvenue à Louxor ! Tout au long de la corniche qui longe le fleuve, les bateaux de croisière s’étirent   sur des kilomètres, si nombreux qu’ils sont parfois cinq de front… Beaucoup sont abandonnés sur les rives, conséquence de plusieurs années de boycott touristique lié au Printemps arabe. D’autres ont – fort heureusement – repris des couleurs, dans l’espoir que le frémissement touristique constaté depuis une année se confirmera dans les prochains mois. Car les croisières entre Louxor et Assouan font la richesse des habitants de la ville. Elles ont un charme indéniable, provoquent toujours l’émotion. Accoudé au bastingage ou alangui dans un transat sur le pont, on profite des paysages qui pourraient suffire au bonheur des croisiéristes. Ils sont de surcroît ponctués par quelques arrêts, à la découverte des plus beaux temples de la vallée du Nil.

Perché sur un promontoire, dans une courbe du fleuve, Kôm Ombo se devine de loin, avec ses colonnes ventrues. Peut-il tenir la comparaison avec le temple d’Edfou ? De son pylône d’entrée haut de 36 mètres à sa forêt de colonnes, presque intactes, il témoigne de l’âge d’or des pharaons. Autant de lieux qui se prêtent à des soirées privées exceptionnelles, au même titre que la plupart des monuments et musées égyptiens. C’est l’occasion de les découvrir sans la foule des touristes. Il faut juste demander les autorisations plusieurs semaines à l’avance et mettre la main à la poche. Le temple Habou par exemple (près de Louxor), peut recevoir jusqu’à 300 personnes. Le dîner aux chandelles, qui se déroulait autrefois à l’intérieur du site, est désormais organisé au pied de la gigantesque façade.


Louxor, de la vie à la mort...

Égypte : retour gagnant en terres pharaoniques

Mais revenons à Louxor. L’ancienne Thèbes a conservé son allure de ville provinciale. Constructions anarchiques, ruelles sales… Elle n’a guère de charme de prime abord. Tout juste se perdra- t-on dans le souk traditionnel le coeur bien accroché : légumes et fruits frais côtoient les têtes de mouton sur les étals ; assurément plus authentique que le souk touristique, avec ses papyrus aux couleurs criardes et ses statuettes divines de pacotille. Il y a aussi le joli musée, à la mise en scène épurée que l’on explore sans se lasser. À défaut de s’enfoncer dans la ville, des calèches promènent les visiteurs le long de la corniche bordée de boutiques et restaurants. Elles peuvent transporter un groupe en un long cortège défiant les âges, entre les deux joyaux de la ville : le temple de Louxor et celui de Karnak, à 3 km, reliés par une allée bordée de sphinx longue de 3 km, que l’on pourra bientôt emprunter en voiturette électrique. Quel choc !

En plein coeur de la ville, le premier séduit par ses dimensions harmonieuses. Les plus chagrins regretteront l’absence de l’un des deux obélisques qui encadrent le premier pylône, cette muraille qui marque l’entrée du temple. Offert à la France, il trône désormais place de la Concorde, à Paris. Au moins contribue-t-il à faire une publicité permanente à l’Égypte ! Louxor n’est qu’un avant-goût de la démesure de Karnak, le temple de tous les superlatifs dédié au dieu Amon. Marchant dans les pas des prêtres qui y officiaient il y a 3 000 ans, les visiteurs pourraient y errer des jours sans être rassasiés.

Surfréquenté aux plus belles heures du tourisme égyptien il y a une dizaine d’années, le site se visite aujourd’hui en toute tranquillité, même si quelques groupes recommencent à briser la solennité du lieu ! C’est certain : c’est le moment de revenir, avant que le tourisme de masse ne reprenne ses droits.


Entre pierres et palmiers

Égypte : retour gagnant en terres pharaoniques
« Circulez les gazelles, en avant les zébus… » Les guides ont retrouvé le sourire ! On reste pétrifié par la stupéfiante beauté des statues et des obélisques, par les sphinx qui gardent l’entrée du monument ou le colosse de Ramsès II, surveillé par d’impassibles gardes enturbannés. Dans la salle hypostyle plantée de 134 colonnes, le fantôme d’Hercule Poirot rôde. Et l’on se surprend à regarder vers les chapiteaux de cette forêt pétrifiée, de peur qu’une pierre ne se détache, comme dans Mort sur le Nil d’Agatha Christie. La magie est au rendez-vous, encore plus pour qui ose sortir des sentiers battus pour se perdre dans ce dédale de blocs épars qui s’étire sur 120 hectares. Les fouilles continuent, de nouveaux secrets seront bientôt percés. Là un troupeau de chèvres à l’ombre d’un palmier, insensibles aux bas-reliefs ; plus loin un mur de hiéroglyphes qui attend encore son Champollion ; et tout au fond, un obélisque qui émerge des herbes folles.

Les plantations qui ceinturent Louxor constituent un autre terrain de jeu. « On y organise des team building à vélo ou à dos d’âne, au plus près des coutumes locales, avec divers arrêts chez l’habitant permettant de goûter les spécialités locales, les dattes ou les mezze », raconte Naher, guide à Louxor. Ici, le Nil a pris ses aises, parfois sur plusieurs kilomètres de large. Palmiers, dattiers, bananiers, légumes, canne à sucre, blé ou maïs… tout pousse, grâce au limon déposé par les crues de jadis, dans un décor champêtre figé depuis des siècles. Entre les carrioles brinquebalantes tirées par des ânes, les bergers promenant leurs troupeaux de moutons, les fermiers en djellaba travaillant dans les champs ou tout simplement quelques enfants rieurs… les rencontres y sont toujours authentiques.

Au pays de l'au-delà...

Égypte : retour gagnant en terres pharaoniques

Depuis la nécropole de la vallée des Rois écrasée par une lumière blanche, de l’autre côté du Nil, les pharaons doivent regarder le spectacle avec ironie. C’est dans ces hautes montagnes arides qu’étaient inhumés les monarques. Passé le ruban des plantations, le décor devient minéral et la chaleur étouffante. Pas le moindre brin d’herbe, mais du sable et des rochers pour seul horizon.

Ici, les archéologues ont mis au jour une soixantaine de tombes royales, la plupart pillées de leurs trésors depuis des centaines d’années. Quant aux momies, elles ont été transférées dans des musées. Le spectacle n’en demeure pas moins unique, même si le lieu mériterait plus de silence et de recueillement. Une dizaine de tombes est accessible au public, en alternance.

Bref, c’est au petit bonheur la chance… Pénétrer dans la tombe d’un roi ou d’une reine de l’ancienne Égypte reste un étrange moment. L’oeil met quelques secondes à s’habituer à la pénombre, le pied hésite sur les marches irrégulières taillées dans le long boyau qui creuse la roche, conduisant à la salle du sarcophage.

Doucement, les hiéroglyphes colorés et les bas-reliefs qui couvrent les murs apparaissent, comme une bande dessinée peuplée de guerriers, divinités et animaux fantastiques ; et l’émotion envahit les visiteurs.
« La plus belle tombe, celle de Séthi Ier, a été fermée pendant de longues années car elle se dégradait. Elle est de nouveau accessible. Il faut en profiter ! À défaut, celles de Ramsès Ier, IV et IX constituent de belles alternatives », assure Maher.


Sur les traces de Toutankhamon

Égypte : retour gagnant en terres pharaoniques

Pourtant, c’est aux portes de la tombe de Toutankhamon que se presse la foule. Ses décors sont décevants et ses trésors ont été transportés au Caire. Certains ont même pris le chemin de Paris, pour une exposition exceptionnelle dans la Grande Halle de la Villette (jusqu’au 15 septembre) qui va de nouveau donner envie aux Français de prendre le chemin de l’Égypte.

Sa visite peut constituer une excellente mise en bouche, avant de rejoindre les rives du Nil. La tombe de Toutankhamon conserve néanmoins une aura unique de par la légende qui entoure sa découverte par l’archéologue Howard Carter, en 1922. La plus belle tombe n’est pourtant pas ici. Elle est à quelques kilomètres, dans la vallée des Reines… C’est là que se trouve la dernière demeure de Néfertari, magique et merveilleuse, à l’image de l’épouse de Ramsès II. Mais fragile, elle n’ouvre ses portes qu’avec parcimonie. C’est toutefois la certitude d’une émotion unique, et le souvenir d’un réel privilège pour tous ceux qui ont le bonheur d’y pénétrer…

 

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